|
mise à jour du : 24/04/2008 - version 3.0 - janvier 2007
| rédigé le : 21 février 2008 |
--- |
|
Syndrome du "journaliste" (2)
Rappel :
Un syndrome
est une association de plusieurs symptômes qui constituent une entité
clinique définissable.
Un symptôme
est un phénomène lié à un état qu'il permet de déceler.
Symptômes
et syndrome sont bien des termes médicaux utiles pour la circonstance.
- Mais
est-ce grave, docteur ?
- Cela
se soigne.
Nous
avons évoqué dans un texte précédent : "Syndrome
du "journaliste" (1)"
un premier
symptôme : les "interro-négatives", et un second
symptôme : les "concrètement".
Explorons
maintenant un troisième symptôme : la "question fausse
piste".
Ce
symptôme s'apparente aux aiguillages de la SNCF.
Comment
le repérer ?
Le
journaliste interrogateur commence une question, et la mène à son
terme.
L'interrogé,
attentif, a déjà organisé sa réponse, et a probablement trouvé ses
premiers mots.
C'est
alors que le journaliste interrogateur coupe l'effet préparé,
reformate sa question et/ou l'oriente différemment.
Panique
à bord pour l'interrogé, qui doit remiser sa première réponse et qui
doit, dans la précipitation en organiser une nouvelle.
C'est
comme le conducteur du train qui voit bien la direction à suivre, qui
voit bien le feu vert qui l'autorise à poursuivre sa route, mais qui
est brusquement orienté vers la voie de droite ou celle de gauche, pour
le bon plaisir (ou la nécessité) de l'aiguilleur.
Dur,
dur, parfois d'être l'interrogé.
Et en
voilà un quatrième : le "j'ai posé toute ma question, mais tu
n'iras pas au bout de ta réponse".
Pratique
de plus en plus courante, en radio comme en télévision, et pour tout
type d'émission.
Le
journaliste interrogateur déploie sa question, l'argumente parfois, la
reformule souvent pour être sûr que le public l'ait bien entendue et
comprise, teste du regard l'interrogé et l'invite à répondre.
L'interrogé,
qui a des choses à dire, embarque sa réponse à sa façon qui n'est
pas toujours celle espérée par le journaliste interrogateur.
Dans le
meilleur des cas, ce n'est que trois ou quatre mots avant la fin de son
intervention que l'interrogé se verra couper la parole par une nouvelle
question, prolongeant ou amputant la réponse précédente.
Dans le
pire des cas, c'est bien avant sa conclusion, ou bien avant
l'information essentielle sur laquelle il comptait conclure, que
l'interrogé se voit interrompu autoritairement.
Je vous
laisse imaginer ce que peux donner le mélange des quatrième et
troisième symptômes : les "j'ai posé toute ma question, mais
tu n'iras pas au bout de ta réponse" avec les "questions
fausses pistes".
Ecoutez-les,
soyez attentifs, entendez-les, il y en a beaucoup plus que vous ne le pensez. C'est
exaspérant pour l'interrogé, mais aussi pour l'auditeur ou le
téléspectateur qui souffre de ne pas avoir l'information attendue, et
qui souffre avec l'interrogé.
Partagez-vous
avec moi, le sentiment fort qu'il y a bien un syndrome du journaliste,
à soigner.
Aucun
n'en est mort, mais beaucoup en sont atteints.
***
Michel GRELIER
|
|