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mise à jour du : 17/01/2008 - version 3.0 - janvier 2007

ACTUALITÉ EUROPÉENNE

rédigé le : 17 janvier 2008 ---
 
          Vous avez bien dit euro fort ?
 
Vous avez bien dit euro fort. Si, je vous ai entendu !
Et j'ai entendu aussi que cet euro fort, c'est un euro bien trop fort !
Mais que font-ils ?
Pourquoi l'euro ne descend-il pas ?
Un instant, svp.
 
Une dépêche d'agence AFP du 14 janvier 2008 (14h20) indique que la France vient de retrouver le 5ème rang des puissances économiques mondiales, derrière les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne et la Chine.
Et devant le Royaume-Uni.
Cocorico !!!!! Agitez les drapeaux tricolores, faites rouler les tambours de la République !!!!!
Et vous n'en saviez rien ?
Qui est donc le héros de cette victoire ?
 
Hhhhmmmm...
C'est la faute de l'euro.
 
Comme vous le savez, les Britanniques ont une monnaie plusieurs fois centenaire et sacrée : la livre sterling (UK£).
Nous, Continentaux, nous nous contentons d'une monnaie hybride, banale, vieille de 10 ans tout juste : l'euro (€).
 
La puissance économique d'un pays se mesure par son produit intérieur brut (PIB). Pour 2006, celui de la France était de 1.792 milliards €, et celui du Royaume-Uni était de 1.304 milliards UK£. Mais comparer des € et des UK£ c'est impossible.
Que nenni ! Nous avons des taux de conversion (fixes pour les monnaies qui sont dans la zone €), et des taux de change (flottants pour les monnaies extérieures, comme la UK£).
Quand il fallait 1,47 € pour faire 1 UK£, le PIB britannique était de 1.304 x 1,47 = 1.917 milliards €... et le Royaume-Uni devançait la France.
Aujourd'hui, il faut 1,34 € pour faire 1 UK£, le PIB britannique est de 1.304 x 1,34 = 1.747 milliards €... et la France dépasse le Royaume-Uni.
 
En fait ce n'est pas nous qui avançons, ce sont les Britanniques qui reculent, car la UK£ perd de sa valeur face à l'€.
Le responsable est donc l'euro plus fort que la livre sterling.
 
Et la question est : à quel taux de change la livre sterling sera-t-elle considérée trop faible ? 
A ce moment-là, que feront les Britanniques : "Au revoir la livre, bonjour l'euro" ?
Prématuré, mais possible.
 
***
 
Si l'on descend du macroéconomique PIB pour descendre à notre micro-économique porte-monnaie, il ne fait pas bon prendre l'Eurostar à Saint-Pancrace pour Lille ou Paris, le taux de change rend les achats, même soldés, onéreux.
Au contraire, il fait bon prendre l'Eurostar à Paris ou Lille-Europe pour Londres Saint-Pancrace, le taux de change rend les achats, même non soldés, meilleur marché.
 
Même chose pour la zone US$, le dollar des Etats-Unis. Belle destination pour du tourisme ou des vacances, avec un € fort face à un US$ plus faible.
 
***
 
Comme me l'a dit un auditeur tourquennois, le 15 janvier : "Mais il y a Airbus, qui souffre de cet euro fort, trop fort".
Je lui ai donné raison. Airbus fabrique en € et vend en US$, parce que le marché international des avions se traite uniquement en US$. Le taux de change est à 1,4691 US$ pour 1 €. C'est Airbus qui doit faire l'effort d'alignement de facturation et d'encaissement, réduisant mécaniquement son bénéfice.
 
Mais que puis-je faire ?
C'est la question que vous vous poseriez à la place de Louis GALLOIS, à la tête d'Airbus.
Subir ou réagir ?
Subir, c'est continuer sur la même voie. L'euro monte, le dollar descend, plus Airbus vend d'avions et plus ses bénéfices diminuent ; au revoir les investissements, les développements, les salaires améliorés.
Et ils se frottent les mains du côté de chez Boeing, de la Maison-Blanche et de la "BUSH family".
 
Réagir, c'est jouer la partie avec les règles des autres joueurs.
La mise est en US$, à quoi cela sert-il de lancer ses jetons en € ?
Avec nos €, ayons plus de jetons en US$. De toute façon, il n'y a que des chiffres sur ces jetons de jeu.
Plus encore, allons chez eux pour jouer avec leurs jetons.
 
Le dilemme social est : si je vais chez eux pour faire des avions ou des éléments d'avions moins chers, en US$, j'en ferai moins chez moi, en €. Soit moins d'heures de fabrication et d'assemblage à offrir aux salariés européens (allemands, britanniques, espagnols, français).
Le dilemme économique est : si je vais chez eux pour faire des avions ou des éléments d'avions moins chers, en US$, j'en vendrai autant, je ferai un bénéfice plus important sur chaque appareil de ces séries, je ferai un bénéfice général plus important, la valeur d'Airbus reprendra du poil de la bête face à Boeing.
Le dilemme de direction est : mon rôle, sur le moyen terme, est de garantir la pérennité de l'entreprise Airbus. Mon choix, mon arbitrage, est de porter l'action sur le terrain de l'adversaire, tout en protégeant mes actifs humains et industriels, sur mon terrain.
Le dilemme politique est : mon élection prochaine repose sur des électeurs. Y en a-t-il plus sur des critères économiques ou sur des critères sociaux ? La réponse est dans les études d'opinion. Alors je tranche quitte à tirer une balle dans le pied de mon pays ; ce n'est pas moi qui souffrirai, c'est lui.
Le dilemme européen est, pour Louis GALLOIS : je suis français, Airbus est à Toulouse, en France. Mais je dois, aussi, écouter des politiques, des syndicats, des salariés, des financiers d'Allemagne, d'Espagne et du Royaume-Uni.
 
Pas simple.
 
Et vous, dans une situation similaire de dilemmes, à titre personnel, avec votre propre argent, que faites-vous ?
Pourquoi achetez-vous des voitures coréennes, nippones ou états-uniennes ? Alors que nous savons en faire et que nous en fabriquons ?
Pourquoi utilisez-vous des ordinateurs, des téléviseurs, des caméscopes, des téléphones mobiles, qui ne sont plus fabriqués ici ? Alors que nous savons en faire et que nous en fabriquions ?
Pourquoi achetez-vous des produits textiles d'Inde, du Pakistan ou de Chine ? Alors que nous savons en faire et que nous en fabriquons ?
Pourquoi achetez-vous, en toute saison, des fruits et des légumes venant de l'autre côté du monde ? Alors que nous savons en faire, au rythme des saisons, et que nous en produisons ?
Pourquoi, ici dans la région du Nord-Pas de Calais, faites-vous des kilomètres pour aller à Dadizeele, entre autres, pour acheter des fleurs et des plantes que nous savons faire ici et que nous produisons ?
 
Parce que c'est moins cher !
 
Et là vous rejetez tous les dilemmes auxquels vous êtes attachés, pour les autres... et pour Airbus.
Vous pesterez si Louis GALLOIS décide de fabriquer des parties d'Airbus en zone US$, certains crieront même au scandale.
Vous ferez peut-être partie de ceux qui l'invectiveront, l'injurieront, ou voudront lui jeter des tomates ou d'autres projectiles.
 
Mais il ne fera pas autre chose que ce que vous faites souvent vous-même, avec la meilleure conscience du monde et la plus grande tranquillité de coeur, d'esprit et de porte-monnaie.
 
***
Michel GRELIER