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mise à jour du : 24/04/2008 - version 3.0 - janvier 2007

DIVERS

rédigé le : 28 août 2007 ---
 
          Syndrome du "journaliste" (1)
 
Un syndrome est une association de plusieurs symptômes qui constituent une entité clinique définissable.
Un symptôme est un phénomène lié à un état qu'il permet de déceler.
Symptômes et syndrome sont bien des termes médicaux utiles pour la circonstance.
- Mais est-ce grave, docteur ?
- Cela se soigne.
 
Premier symptôme : les "interro-négatives".
Derrière  cette formule qui rappelle nos "interros" scolaires se cache en fait le mode de questionnement d'une personne à une autre.
Quand vous vous adressez à un ami, à une relation, vous lui demandez, directement : "Viens-tu dimanche ?"
Vous pouvez lui demander la même chose, en disant : "Ne viens-tu pas dimanche ?"
Passant du mode affirmatif au conditionnel, cela donne : "Viendrais-tu dimanche ?" ou "ne viendrais-tu pas dimanche ?"
 
Dans le premier cas la réponse apportée est nette, c'est "OUI" ou "NON", sauf dans certaine région française où l'on peut s'attendre à un "PEUT-ÊTRE". A partir de cette réponse, une circulation d'information fiable peut s'installer.
 
Dans le second cas - celui du conditionnel - la réponse apportée n'est pas nette du tout :"ce serait OUI" ou "ce serait NON", sans oublier "ce serait PEUT-ÊTRE". A partir de ces réponses, aucune circulation d'information fiable ne peut s'installer. Nous sommes dans les hypothèses pour le plan de table, les courses et la cuisine.
 
Maintenant ouvrez les oreilles quand un "journaliste" pose une question.
Est-ce une question "directe", sur le mode affirmatif ; ou est-ce une question "interro-négative" ? C'est du type : "Ne pensez-vous pas que... ?", "Monsieur X ne peut-il pas faire (ou dire) telle ou telle chose... ?".
Est-ce une question posée au présent de l'indicatif ou au conditionnel ? C'est alors du type : "Ne diriez-vous pas que... ?", "Madame Y ne pourrait-elle pas faire (ou dire) telle ou telle chose... ?".
Et dans le cas d'un entretien, ou d'une série de questions, quelle part d'interro-négatives ?
 
Conséquences pour vous à qui le "journaliste" va dire le sens et le contenu des réponses qui lui ont été faites ?
Le mode affirmatif, avec des questions et des réponses directes, va vous donner de la matière à information et à réflexion.
Le mode interro-négatif, avec des réponses directes ou hypothétiques, ne va pas vous donner matière à information ni à réflexion, seulement matière à des élucubrations dont certaines pourraient se révéler "abracadabrantesques".
 
Ah ! Conditionnel, que de balivernes tu nous fais prendre pour des informations.
Oh ! Conditionnel, que nos oreilles n'arrivent plus à percevoir comme un signal d'alarme, ou de doute, ou de suspicion.
 
Second symptôme : les "concrètement"
France 5 diffuse en fin d'après-midi une excellente émission : "C dans l'air". Je la suis quand je peux.
France 5 mérite un coup de chapeau pour n'avoir pas stoppé les diffusions pendant la période estivale. Du coup, j'ai pu la suivre plus assidûment.
L'excellent Thierry GUERRIER, l'animateur de ces émissions en direct, soumet ses invités en plateau à une série soutenue de questions pour arriver à comprendre, lui-même, mais nous à travers lui, ce que les intervenants veulent dire. 
Une série soutenue de questions, certaines piétinant la réponse précédente et laissant l'intervenant au milieu d'une phrase ou d'une idée.
Une série soutenue de questions, qui pour empêcher les intervenants de s'envoler trop haut dans leur raisonnement, les retiens par un adverbe omniprésent : "CONCRÈTEMENT... ?"
Une série de questions, qui pour rester le nez dans les pâquerettes, commencent par : "Mais, concrètement, ... ?"
 
Malgré tout le plaisir que me procure cette émission, j'en suis arrivé à un affrontement "addiction vs overdose*".
Addiction au "concrètement" de la part de l'animateur, mais que l'on peut étendre - sans la généraliser - au "journaliste".
Overdose de "concrètement" de la part de l'auditeur ou du téléspectateur ou de l'internaute, qui apprécie de temps à autre de s'élever dans l'échelle des idées ou du temps. Élévation ou recul qui permettent une meilleure mise en perspective ou compréhension de ce qui s'explique, mais que l'overdose de "concrètement" empêche ou réduit.
 
Ces "concrètement" se rapprochent d'un symptôme voisin : la "commémoration systématique".
Les centenaires de la mort ou de la naissance de personnalités en tout genre, les anniversaires (1, 2, 5, 10, 20, 50 ans) de tout et de rien sont des justifications pour ressortir les "archives" et commémorer, commémorer encore. 
Je ne ferai qu'évoquer les "rétrospectives" de fin d'année, matière par matière, y compris les "bêtisiers".
 
Cela me donne, TRÈS CONCRÈTEMENT, le sentiment que le "journaliste" a la vue basse pour ce qui va arriver. 
Ce sentiment se complète par une vue excellente, de type microscope, pour l'actualité immédiate - même vide de sens -.
Ce sentiment se confirme par une mémoire incroyable, pour l'actualité du passé.
Ce sentiment révèle que le "journaliste" est aveugle pour l'anticipation raisonnée.
 
Je me souviens, pour en avoir approché quelques-uns en formation qu'une règle de fonctionnement est : entre le fait ou l'événement qui "enclenche" la couverture médiatique et le résultat immédiat, notre fameux "concrètement", qui fournit au papier comme à l'intervention à l'antenne, toute l'immédiateté, toute la proximité, toute la spectacularité** qui vont "concrètement" faire grimper l'audimat.
 
Toute règle ayant ses exceptions, il y a aussi des "Journalistes" excellents, équilibrés entre actualité, mémoire et perspective. Quand vous en croisez un, notez bien vite son nom, son journal, sa radio, sa chaîne de télé, son site Internet ou son blog. Ce sont eux qui détiennent les clés de l'Information, des clés qu'ils vous proposent. 
Je dis assez cruellement, et je le sais, : "Le verre est plus qu'aux 3/4... vide."
 
 
*    "Addiction vs overdose" : à l'image des affiches anglaises de combats de boxe  "SMITH vs BROWN", où vs signifie contre, je définis avec des mots tirés de l'anglais la forte dépendance à quelque chose et son trop-plein.
**  Spectacularité : néologisme pratique, dont je m'excuse, qui permet d'accrocher le wagon "spectaculaire".
 
 
***
Michel GRELIER
Il y a maintenant un nouveau texte : "Syndrome du "journaliste" (2)"