La Lettonie devient le 18e pays membre de la zone euro

La Lettonie est officiellement devenue dans la nuit de mardi à mercredi le 18e membre de la zone euro, malgré de fortes réticences de la population de ce pays de 2 millions d'habitants.

Avec les feux d'artifice saluant à minuit l'arrivée du Nouvel An, les Lettons ont dit adieu à leur devise nationale, le lats introduit en 1993 pour remplacer le rouble de l'ère soviétique.

"C'est quelque chose qui fait partie de notre identité, et on l'abandonne. C'est triste", a dit à l'AFP Aija Brikmane, une jeune femme déjà nostalgique du lats, qui tient un stand de produits d'artisanat sur le marché de Noël installé au coeur de la vieille ville de Riga jusqu'aux fêtes du Noël orthodoxe le 7 janvier.

Peu après minuit, le Premier ministre letton Valdis Dombrovskis et son homologue estonien Andrus Ansip devaient participer à une cérémonie à la banque publique Citadele de Riga pour retirer d'un distributeur les premiers billets en euros.

La Lettonie est le deuxième pays balte et le quatrième pays ex-communiste de l'Europe centrale et orientale à adopter la monnaie commune après la Slovénie en 2007, la Slovaquie en 2009 et l'Estonie en 2011.

Le pays avait espéré adhérer à l'euro dès 2008, mais la crise mondiale a balayé cet espoir, le produit intérieur brut (PIB) letton chutant de 25% en 2008-2009, la plus grave récession au monde, après laquelle Riga a su réaliser un redressement économique spectaculaire.

"Grâce à ces efforts, la Lettonie entrera dans la zone euro plus forte que jamais, envoyant ainsi un message d'encouragement à d?autres pays engagés dans un processus d'ajustement économique difficile", a déclaré à Bruxelles le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

La Lituanie devrait suivre en 2015, complétant le trio balte des anciennes républiques soviétiques dans une zone euro qui n'est pas encore tout à fait guérie alors que cinq pays (Espagne, Chypre, Grèce, Irlande, Portugal) ont bénéficié de plans de sauvetage.

Flambée des prix?

Les autres candidats d'Europe centrale et orientale ne sont guère pressés de rejoindre le club.

Certains, comme la Hongrie ou la Bulgarie, sont loin de respecter les critères requis. D'autres, comme la Pologne et la République tchèque, voient des avantages à garder leurs monnaies nationales pendant encore un certain temps.

Les Lettons craignent une flambée des prix. Selon un sondage effectué en décembre par l'institut SKS, 25% approuvent le passage à l'euro et 50% sont contre. Les autres restent indécis ou sans opinion.

Leonara Timofejeva, 56 ans, qui habite près du village de Krivi, au nord de Riga, estime que l'euro ne va pas rendre la vie des Lettons plus facile. "Tout le monde s'attend à ce que les prix augmentent en janvier", dit-elle.

Dans un bar du quartier populaire de Teika à Riga, l'assistance s'intéresse plus aux célébrations du Nouvel An qu'aux méfaits et bienfaits du passage à l'euro.

"Les prix vont peut-être augmenter. Tant pis. Mon salaire va augmenter aussi et ça ira bien", déclare avec optimisme à l'AFP l'un des convives, Karlis.

A un arrêt de tramway No 6, Renate, une mère de famille, raconte avoir acheté en avance pour sa soeur une carte de transports urbains pour la nouvelle année.

"Elle a peur que les prix augmentent, comme le prédisent les magazines malgré les assurances des autorités. J'ai essayé de la convaincre qu'il n'en sera rien, mais elle a insisté et je lui ai acheté une nouvelle carte avant le Nouvel an".

Le Premier ministre Dombrovskis a fait valoir que l'adhésion à l'euro aiderait l'économie lettone en facilitant les échanges et en renforçant la confiance des investisseurs.

Après des mois de campagne d'information sur l'euro, certains expriment leur lassitude.

"Je veux juste que ce soit fini. Je suis fatiguée d'entendre parler de l'euro 24 heures sur 24", dit Dace Jaunkalna, étudiante.

Depuis le mois d'octobre, tous les prix sont affichés en lats et en euros.

Les deux monnaies vont circuler en Lettonie jusqu'à la mi-janvier, avant que l'euro se substitue complètement au lats.

Quinze ans après le lancement de l'euro en 1999, quelque 333 millions d'Européens utilisent ainsi la même monnaie.

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